La population mondiale s'est accrue à un rythme accéléré depuis la révolution industrielle passant de 1,33 milliard en 1880 à 7,35 milliards en 2015 en route vers les 10 milliards d'habitants que l'ONU prévoit pour 2050. Ce bouleversement démographique a généré en 135 ans une augmentation colossale de notre consommation d'énergie, plus rapide encore que celle de la population. Cette dernière a doublé dans les 60 premières années de cette période, puis doublé à nouveau dans les 40 ans qui ont suivi tandis que la consommation d'énergie a, pour sa part, triplé les 60 premières années, puis quadruplé les 40 années suivantes. La consommation totale d'énergie qui était de 728 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) en 1880 culmine selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE) à 14 490 Mtep en 2015. Il en résulte une considérable augmentation des émissions de C02 qui atteignent 4,47 tonnes par personne en 2014 mais avec un écart conséquent entre les habitants des États-Unis (16,22 tonnes), ceux de Chine (6,66 tonnes), d'Inde (1,56 tonne) ou d'Afrique (0,96 tonne). Comment s'étonner dès lors des changements climatiques ? Ils ont clairement pour première cause des émissions excessives de C02 dues à l'activité humaine depuis un peu plus d'un siècle au point que nous pourrions être entrés dans une ère nouvelle, essentiellement marquée par notre empreinte, que certains vont jusqu'à baptiser "anthropocène". Or, à la fin 2015, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) adopte les dix-sept objectifs de développement durable (ODD) à atteindre en 2030 pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la paix, la santé et la prospérité pour tous. Il s'agit de "changer le monde" dans les treize ans à venir comme l'ont sobrement décidé, en ces termes, les représentants des 193 pays membres des Nations unies. Seize objectifs détaillent vertueusement ce qu'il faut faire pour créer un monde meilleur, équitable, prospère et paisible. Et dans ce "meilleur des mondes", on consommera nécessairement plus de ressources et plus d'énergie encore, tout particulièrement dans les pays en développement, notamment l'Inde, la Chine et une bonne partie des pays asiatiques hors OCDE qui occasionneront plus de la moitié de l'augmentation de la demande énergétique sur cette période. On ne peut naturellement qu'être d'accord pour plus d'équité, mais comment relever ce défi sans détériorer l’habitabilité des territoires ? L'emballement de l'économie globale dans le contexte d'une démographie mondiale en forte croissance et d'une aspiration à plus d'équité doit impérativement s'accompagner d'une décélération de la production d'énergie carbonée pour lutter contre le réchauffement climatique. Comment trouver une solution à cet impératif contradictoire ?